dimanche 7 août 2011

Montessori et le développement spirituel de l'enfant

Maria Montessori est une catholique qui a beaucoup réfléchi à la question du développement spirituel de l'enfant. Son anthropologie a clairement une finalité spirituelle. Ses travaux et ses nombreuses observations pédagogiques lui ont permis de mettre à la disposition des plus petits les trésors de la Liturgie et de la Bible.
A l'heure actuelle, des thèses s'écrivent à travers le monde pour mettre en lumière l'apport de Maria Montessori en matière de pédagogie religieuse. Car, son œuvre pédagogique est aussi une mine de découvertes pouvant servir au développement spirituel des enfants. L'une de ses observations fondamentales peut se résumer ainsi: les enfants ont manifestement une capacité profonde à respecter et à aimer la vie; ils ont par ailleurs la faculté de reconnaître son Auteur en s'évitant les cheminements souvent laborieux du pèlerin adulte...
"La religion elle-même n'est pas quelque chose qui  doit être donnée à l'enfant; ce n'est pas quelque chose qui doit être enseignée. Les hommes sont religieux depuis le commencement de l'histoire, toutes les cultures primitives avaient une langue et une religion. Nous savons que que le sentiment de l'existence de Dieu existe dans le cœur de l'enfant. Ce n'est pas conscient, mais c'est bien là et cela ne peut être perdu bien que cette réalité puisse être obscurcie. C'est quelque chose qui demande à grandir doucement. Le plus important est de ne pas interférer. Le plante ne pourra en effet fleurir si une main impatiente vient en détruire les bourgeons. Nous devons regarder attentivement cette plante, lui donner les conditions optimales de croissance, la protéger du froid et des mauvais temps, mais nous devons surtout avoir la patience de la voir croître en son temps et selon son propre chemin".
On le voit, pour Maria Montessori l'éducation religieuse est bien loin d'être une impérieuse prescription morale. Elle est d'abord la reconnaissance du germe divin qui repose dans l'âme de l'enfant. Comme dans tout le reste de sa pédagogie, Maria Montessori identifie les périodes sensibles afin de donner à l'enfant la nourriture adéquate. La nature est si bien faite qu'en informant le jeune enfant des réalités religieuses, on évitera d'en faire un idéologue ou un réceptacle de formules dogmatiques. Un temps viendra où des connaissances plus abstraites viendront enrichir son terreau spirituel. Mais, au commencement, on évitera soigneusement de lui faire porter le poids d'instructions qui ne peuvent trouver écho dans son cœur. Ainsi se développera chez lui la conscience et le goût de la prière.
"Cette approche signifie que nous voulons donner la religion sous une forme que l'enfant puisse comprendre et qui corresponde à son stade de développement. Nous ne devons pas réduire la religion chez l'enfant à un acte de mémorisation de formules. En faisant ainsi, nous construisons une barrière qui empêchera l'enfant d'accepter, de comprendre et d'aimer les vérités qui lui seront présentées par la suite. La religion, dans l'esprit de l'enfant, ne devrait jamais être identifiée avec une leçon scolaire, des récitations et des interrogatoires. Il ne devrait pas l'associer à des faits mémorisables ou à des règles sujettes à obéissance. S'il pense la religion ainsi, jamais elle ne deviendra une réalité pour lui. La vraie religion n'est pas juste une information qui peut s'enseigner dans une classe à une heure donnée. C'est quelque chose de mystérieux et d'indicible qui peut être communiqué directement uniquement à de rares moments d'inspiration, mais qui s'exprime d'une façon médiate à travers les cérémonies traditionnelles".

Sur ce terrain délicat, Maria Montessori va une nouvelle fois faire preuve d'une audace marquée de ses observations scientifiques. En respectant la nature pré-conceptuelle de l'esprit de l'enfant, en accompagnant sa prise de conscience au contacte des expériences les plus simples de la vie, la doctoresse livre à nouveau une clé essentielle pour permettre à l'enfant de connaître une véritable germination spirituelle. Les formules trop tôt venues tarissent cette terre prometteuse. Seule l'expérience vivante permet à l'enfant de déployer son axe spirituel sans craindre que ses bourgeons encore fragiles ne soient balayés par la rationalité adulte.

La première sensibilité religieuse du petit enfant commence très tôt. Maria Montessori pensait même que les nourrissons pouvaient tirer un bénéfice spirituel de leur "participation" aux offices. "Ce qui est certain, c'est que de tous jeunes enfants ne manquent pas d'être captivés par la solennité et la richesse des cérémonies religieuses comme par les dimensions "vertigineuses" des édifices qui les abritent". Pour Maria Montessori, cette période est idéale pour que l'enfant s'imprègne des traditions liturgiques et développe le sens de la prière. A ce stade (0-6 ans), les enfants n'ont nullement besoin de comprendre la théologie qui sous-tend ces événements. La beauté des cérémonies et la multitude des gestes sacrés qui leur donnent vie suffisent amplement à combler leur cœur. 
Maria Montessori s'exprimait en ces termes au sujet de Noël dont la signification tendait déjà à se perdre: "Il est dommage que les enfants modernes manquent  la vraie signification de Noël en raison du trop grand nombre de distractions qui les en détournent". Elle regrette ensuite le temps de son enfance où, en Italie, la coutume voulait que l'on offre les cadeaux à l'Épiphanie.

"Le jour de Noël était consacré aux belles cérémonies auxquelles les enfants prenaient part. Ils étaient impressionnés de voir tant de gens quitter leur lit pour se rendre à la messe de minuit et célébrer la naissance de l'Enfant-Jésus. Ces enfants avaient la religion dans leur environnement; ils pouvaient l'absorber de la façon la plus naturelle qui soit. Le seul enseignement que l'on peut traduire par des mots à cet âge (0-4ans), c'est que Dieu a créé le monde, qu'il aime et prend soin de chacune de ses créatures".

Dans la période qui suit, lorsque les enfants commencent à développer leur sens moral notamment à travers de forts sentiments envers les plus jeunes enfants, la présentation de l'histoire de la nativité viendra à point nommé pour approfondir leur désir de connaître cet Enfant-Jésus. Par ailleurs, comme les enfants montrent entre 6 et 12 ans un grand intérêt pour les questions liées au "bon" et au "mauvais", il faudra multiplier les occasions de répondre et d'échanger avec eux lorsque des situations se présenteront. Les principes de vie que l'enfant pourra alors dégager de ces expériences s'enracineront bien plus profondément qu'un pur exposé de normes morales. Une fois reconnus par l'expérience, ces principes de vie serviront de guide au futur adolescent qui sera moins facilement sujet aux sirènes de l'opinion populaire. Ainsi dans la pédagogie Montessori, le développement moral ne passe pas principalement par des leçons, mais par l'expérience dans le cadre de la vie sociale. Les principes extraits de l'expérience seront alors une véritable boussole qui guidera l'enfant concrètement au fil des situations rencontrées. Cela lui donnera petit à petit une réelle capacité à s'affirmer au milieu des autres mais aussi la faculté de répondre aux problématiques qui se poseront au sein des groupes dont il fera partie.

Enfin, Maria Montessori a longuement insisté lors des ses nombreuses interventions, sur la nécessité d'impliquer les mains de l'enfant dans son développement spirituel. C'est à partir de ce principe que la pédagogue a déployé un puissant enseignement religieux basé à titre principal sur la culture liturgique.
"Je reconnais que lorsque les mains et l'esprit ne sont pas unis, il n'y a pas unité de l'individu et de là vient notamment les mauvaises tendances. Cette conclusion est le fruit de mes observations. C'était un nouveau facteur qui m'est venu comme une lumière. Peut-être est-ce difficile à comprendre.C'est probablement la raison pour laquelle nous vivons dans un monde de vertus et de vices qui sont récompensées ou punis, et que les enfants qui montrent de profonds défauts n'ont tout simplement pas eu l'occasion de s'exprimer justement d'une autre manière". Leur énergie psychique s'est tout simplement dispersée, se retournant contre eux et contre leur environnement...

C'est à Barcelone que sa première expérience d'environnement religieux fut mis en œuvre. "La premier mouvement consista à préparer dans l'Eglise un lieu qui soit adapté à leurs proportions. Nous l'avons meublé avec des petites chaises, et nous avons placé le bénitier à la hauteur des genoux d'un adulte. Des petites images ont été suspendues en bas qui changent selon les temps de l'année..."

Montessori poursuit en écrivant:
"Il est apparu, presque à notre grande surprise, un fruit de notre méthode que nous n'avions pas prévu. L'Eglise est ainsi le but vers quoi tend la plus grande part de la méthode que nous dispensons. Certains exercices qui, dans les écoles, ne semblent avoir aucun but précis en dehors, trouvent leur application ici. Le silence, (comme le jeu du silence) qui a préparé l'enfant à rentrer en lui-même, devient le dispositif de retenue intérieure à vivre dans la Maison de Dieu."

Et de conclure: " Religieux, et libres dans leurs opérations intellectuelles et dans le travail qui leur offre notre méthode, les petits montrent qu'ils sont forts en esprit. Ayant grandi de cette manière, ils ne montrent ni timidité ni crainte. Ils manifestent une agréable confiance en soi, le courage, une connaissance calme des choses, et avant tout, la Foi en Dieu, l'Auteur et conservateur de la vie. Les enfants sont tellement capables de faire la distinction entre les matières naturelles et surnaturelles que leur perspicacité nous a donné l'idée qu'il existe une période particulièrement sensible à la religion. L'âge de l'enfance semble être lié étroitement à Dieu, comme le développement du corps est strictement dépendant des lois naturelles qui le transforme à ce moment là".

Maria Montessori a écrit la prière suivante qui peut nourrir l'éducateur comme résumer son programme de vie au service de l'enfant:
"Aide-moi, Seigneur Jésus-Christ,
Toi qui a appelé à toi les enfants,
A les connaître,
A les aimer,
A les servir, 
Selon les lois de ta justice et de ta volonté, 
Toi qui les a créés"


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